La fouille de l'éperon barré du "Camp de César" de Nucourt (Val d'Oise) bénéficie d'une autorisation pluriannuelle de fouille programmée sur trois ans (2006, 2007, 2008) accordée par le Ministère de la Culture, Commission inter-régionale de l'Archéologie.
Cette fouille (resp. Ch. Toupet, archéologue départemental) fait
partie d’un projet plus vaste d’un centre
d’initiation à l’archéologie destiné aux classes
primaires et classes des collèges du département du Val
d’Oise et du Parc Naturel régional du Vexin Français.
Ces classes pourront, pendant un séjour de 3 à 5 jours, grâce à la
présence d’archéologues animateurs, s’initier aux
méthodes d’archéologie (archéologie de terrain, archéologie
expérimentale).
La fouille de l’éperon barré a pour vocation d’être
aussi un centre de formation d’été pour les étudiants. Ainsi,
de nombreux étudiants d’origine internationale sont venus
mêler leurs efforts à ceux des étudiants envoyés par les
départements des universitaires français d’archéologie,
d’histoire et d’histoire de l’art.
Le "Camp de César" de Nucourt est un éperon barré
c’est-à-dire une fortification (barre) placée sur
l’éperon naturel d’un plateau. Ainsi, le plateau
géologique du Vexin Français a été entaillé à Nucourt par deux
petites vallées convergentes qui ont créé un éperon naturel.
Celui-ci a été barré par un système de fossé-levée constituant un
éperon barré.
La fouille de 2004 sur l’interruption nord de l’éperon
barré avait montré l’importance des constructions primitives
du rempart. La fouille de 2005 a confirmé l’existence
d’une suite de rampes de construction placées au fur et à
mesure de l’élévation de chaque assise du rempart
primitif.
Le poids des blocs de parement arrachés au sous-sol géologique
lors de la création du fossé externe pour établir ce rempart est
considérable. Prélevés dans la grosse dalle géologique affleurante
en ce endroit du site : le calcaire dolomithique à cérithes, les
pierres qui forment les parements extérieurs et intérieurs de ce
rempart primitif de 4,90 m de large font entre 250 et 850 kg.
Celles-ci auraient été acheminées sur des plans inclinés
élaborés pendant la construction du mur comme le prouve la
coïncidence du sommet de chaque rampe avec la base de chaque
assise. Cette technique observée ici est un très rare exemple
européen fossilisé dans un talus interne. La figure montre la
succession des étapes de construction pour obtenir au final un
rempart avec un talus interne permettant l’accès au sommet et
un abrupt externe qui devait être agrémenté à l’origine
d’une palissade de bois.
Les études post-fouille de l’hiver 2005-2006 ont montré que
le matériel céramique retrouvé dans la tranchée de construction de
ce rempart primitif présentait pour certains fragments de céramique
de panses de vase à céramiques fine noire des carènes aigus.
Ces éléments céramiques sont caractéristiques de la transition du
premier Age de Fer (Hallstatt) et du deuxième Age de Fer (la Tène),
soit les VIe et Ve siècles avant notre
ère.
Ces découvertes ont dynamisé la problématique du site car la
présence d’une fortification du Ve siècle, du tout
début de l’époque gauloise proprement dite, serait tout à
fait exeptionnelle.
Malheureusement, les fouilles de 2006 n’ont pu apporter
d’éclaircissements sur cette précision chronologique
d’importance. Mais, l’importance des travaux engagés en
2006 dans cette direction permettra dans les années prochaines
d’investir encore plus les restes de cette tranchée du
rempart primitif et de pouvoir, nous l’espérons, préciser
cette datation.
Le rempart a subi de nombreux remaniements au cours des siècles.
Les phases de reconstruction pressenties en 2005 se sont pleinement
confirmées en 2006 dans la fouille de l’interruption sud de
l’éperon barré (environ 625 m2).
Celle-ci apparaît comme la seule réelle entrée aménagée dans le
rempart bien qu’aucune discontinuité apparente du rempart
n’apparaisse de manière probante.
Ainsi, le démantèlement quasi-total du rempart primitif et ses
reconstructions multiples, avec parfois des matériaux complétement
extérieurs au site lui-même (grès noduleux ramassés dans les
environs immédiats du site) montre combien cette interruption sud
de l’éperon a fait l’objet soit de destructions
majeures soit d’entretiens importants, soit de
reconstructions parfois monumentales.
Une discontinuité dans la nature des matériaux constituant une
reconstruction du rempart (dalles calcaires) pourrait permettre de
supposer un aménagement particulier d’entrée à
l’intérieur de celui-ci.
La reprise de l’étude du fossé central partiellement dégagé
en 2005 a montré une lecture tout à fait nouvelle du secteur : en
effet, aux limites de la fouille 2005, nous avons mis en évidence
une reprise du fossé taillé en V par un système de carrière à ciel
ouvert exploité en U.
Ce système d’exploitation a considérablement agrandi la base
du fossé. Le même système d’exploitation du fond du fossé a,
semble-t-il, été exercé au-delà de l’interruption nord de
l’éperon dans le fossé nord.
Le fossé nord s’est avéré, en effet, en fin
d’utilisation une carrière à ciel ouvert en cours
d’exploitation. Les raisons de son abandon ne sont pas pour
autant pleinement élucidées. Pourtant, on peut constater que des
"palliers" d’extraction remarquables de chaque côté du
fossé.
Deux blocs de calcaires ont été extraits du banc calcaire et
adandonnés tout proche de leur emplacement d’extraction
immédiat. Des traces résiduelles des nombreuses tranchées
horizontales de souchevage (tranchée réalisée horizontalement sous
le bloc détouré). Effectivement, des emboîtures, apparentes en
négatif sur la face accessible de ces reliquats de blocs détourés,
correspondent à des emplacements pour loger des coins métalliques,
afin de faire céder à force le bloc dans son horizontalité.
Un des blocs extraits abandonnés dans la carrière présente ainsi
sur sa face inférieure deux traces de coin.
L’étude des traces d’outils présentes sur la parois de
la carrière du fossé nord et les parois des tranchées de défermage
(Céline Blondeau) montre que celles-ci sont uniquement réalisées
par un marteau taillant droit.
Les tranchées de défermage ont un profil en V, probablement dû à
l’angle de frappe que nécessite l’utilisation du
marteau tailant. Ainsi, les blocs de calcaires extraits ont leurs
faces biaises, et une section caractéristique trapézoïdale.
Or, la fouille de 2006 de l’interruption sud de
l’éperon barré montre que le rempart primitif a été
reconstruit au moins trois fois. Les deux dernières étapes sont
constituées alors d’un nouveau bourrage interne constitué
essentiellement de blocs sphériques en grès récupérés à
l’extérieur du site.
Mais, la plupart des blocs parement externes sont en calcaire. Ils
sont de même nature géologique que ceux reconnus dans le fossé nord
de l’éperon. Ils présentent les mêmes traces
d’extraction primaire : une section trapézoïdale et, pour la
plupart, des traces d’outils uniquement sur les faces et non
sur les lits horizontaux.
Certains possèdent même le reste de tranchées de défermage en
négatif des blocs des niveaux supérieurs extraits. Ainsi, les blocs
bruts d’extraction de la carrière du fossé nord font office
de parements externes en étant disposés dans les ultimes
reconstruction du rempart.
Le fossé central a subi à proximité de l’entrée sud de
l’éperon barré une forte dégradation due à la combustion sur
place d’une grande quantité de bois qui a parfois transformé
les parois calcaires en chaux. Le rare mobilier céramique retrouvé
lors de cette combustion pourrait être daté au plus tôt de la
deuxième moitié du XIe siècle de notre ère.
Que doit-on voir dans cette dégradation de grande ampleur dans
l’extrémité sud du fossé central ? Les traces d’une
agression volontaire sur le rempart à cette époque ? Quoi
qu’il en soit, le rempart médiéval semble par la suite
démonté puisqu’une couche de démolition retrouvée sur le
rempart arasé date par son matériel céramique du début du
XIIIe siècle.
L’histoire de Nucourt semble ainsi liée probablement à
l’histoire du "Camp de César" qui apparaît aujourd’hui
fort éloignée géographiquement du village actuel. L’émergence
à la fin du haut Moyen Age d’un regroupement humain dans
l’ancienne fortification celtique de l’éperon barré du
"Camp de César" est-elle le fait d’un pouvoir seigneurial ou
religieux ou est-ce le fait d’une communauté villageoise
?
Quoi qu’il en soit, le greffon du "Camp de César" semble
ne pas prendre derrière sa fortification démolie. L’habitat
semble s’être fixé plus durablement autour de son église
médiévale pour enfin se crystaliser par la suite plus à l’est
dans le village actuel sans doute après la guerre de Cent Ans.